Home

Flaubert rencontre madame arnoux Bac de français – Commentaire – Flaubert, L’éducation sentimentale : rencontre entre Frédéric et Madame Arnoux

Introduction

En présentant aux lecteurs dès le chapitre I de L’éducation sentimentale la rencontre du jeune Frédéric Moreau avec Mme Arnoux, Flaubert n’hésite pas à traiter l’un des clichés romanesques les plus répandus, la scène de rencontre.  En rédigeant ce roman de 1864 à 1869, Flaubert se serait appuyé sur son expérience personnelle, en particulier sa rencontre en 1836 avec Elisa Schlesinger,  une jeune femme mariée avec laquelle il entretiendra une longue correspondance. De fait, dans le roman, Mme Arnoux reste pour Frédéric un amour absolu, même si d’autres femmes interviennent dans son éducation sentimentale. De quelle manière cette scène de rencontre annonce-t-elle donc la force de cette histoire d’amour impossible entre les personnages?

Sites de relacionamento gratis em teresina

Sandro Botticelli (vers 1480)

Madone au livre (Musée Poldi Pezzoli, Milan)

I Le point de vue de Frédéric

1) Le regard de Frédéric

Toute la scène est structurée par le regard et la conscience du personnage, ce qu’annonce dès le début du passage la formule « Ce fut comme une apparition« . Le terme d’apparition nous déplace de la réalité vers l’imaginaire, celui de Frédéric, celui qui voit Mme Arnoux. Ce détachement du monde réel est confirmé dans la phrase suivante par le terme d’éblouissement. Ainsi par ce bouleversement du personnage, Mme Arnoux se retrouve totalement isolée du monde qui l’entoure: « il ne distingua personne« , ce qui lui confère aussitôt un caractère unique et exceptionnel.

Tout le texte va alors s’organiser autour du regard de Frédéric. Flaubert privilégie la focalisation interne, en nous présentant Mme Arnoux uniquement comme la voit Frédéric, ce que nous montre le champ lexical du regard: « ses yeux« , « il la regarda« , « il affectait d’observer« , « il n’avait vu« , « il considérait« .

2) Les actions et les pensées du personnage

Mais le romancier n’hésite pas non plus à détailler les mouvements de Frédéric cherchant à se rapprocher de Mme Arnoux pour mieux la voir: « Quand il se fut mis plus loin, du même côté« , « il fit plusieurs tours de droite et de gauche« , « il se planta tout près de son ombrelle« . Dans l’évocation de ces différentes manoeuvres, il y a sans doute une certaine ironie de Flaubert vis-à-vis de son personnage: il souligne sa naïveté et sa jeunesse, en retranscrivant par exemple sa réaction quand Mme Arnoux relève la tête « il fléchit involontairement les épaules« , ou quand il fait semblant de ne pas la regarder pour se plonger dans la contemplation d’une « chaloupe sur la rivière« .

Flaubert nous fait également part des réflexions et des pensées du personnage et utilise à plusieurs reprises le style indirect libre: « Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé?« , « elle avait ramené cette négresse avec elle? » « Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides en envelopper sa taille…« 

Cette rencontre nous est ainsi présentée de manière unilatérale, en privilégiant le seul point de vue de Frédéric.

Sites de relacionamentos grátis

Raphael, La Madone Connestabile (1504

(Musée de l’Ermitage, Saint-Petersbourg)

II Une vision idéalisée de Mme Arnoux

1) Le tableau d’une apparition divine

Les premiers termes employés: « apparition« , « éblouissement » suggèrent d’emblée une apparition divine. Le fait que le personnage soit inconnu et seulement nommée par le pronom personnel « Elle » va dans le même sens. La description de Mme Arnoux confirme cette première présentation.

Elle est tout d’abord présentée comme figée: « elle était assise« . La précision « Elle était en train de broder quelque chose » semble lui conférer un certain mouvement, mais l’indistinction de « quelque chose » permet de penser que son geste est pratiquement imperceptible. De fait, le mouvement est transféré sur les objets, qui deviennent sujets des verbes d’action: « des rubans roses qui palpitaient au vent« , « ses bandeaux noirs…semblaient presser  amoureusement l’ovale de sa figure« , « sa robe de mousseline claire…se répandait à plis nombreux« . Les objets semblent ainsi entourer Mme Arnoux, centre du tableau vers lequel converge toute chose. Le choix du vocabulaire: « palpiter« , « amoureusement » renvoie bien sûr aux sentiments de Frédéric.

L’aboutissement de la première description: « son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l’air bleu » nous la présente donc de manière picturale: il s’agit d’une Madone. Les couleurs rose et surtout bleue confirment cette impression, d’autant que la « mousseline claire« , tissu léger qui se répand à plis nombreux suggère une étoffe aérienne, presque céleste.

2) Une femme idéale

La deuxième vision de Frédéric confère à Mme Arnoux un caractère plus humain, même si l’idéalisation reste présente, en particulier avec l’importance de la lumière: « cette splendeur« , « cette finesse des doigts que la lumière traversait« , autant d’expressions qui pourraient évoquer une sorte d’auréole propre à la jeune femme. Cependant la rêverie exotique que Frédéric développe au sujet de  son origine (rêverie très romantique qui associe l’Espagne et les îles lointaines)   l’inscrit dans une tonalité plus sensuelle: « sa peau brune« , « la séduction de sa taille« , voire « le châle à bandes violettes » que le jeune homme imagine envelopper Mme Arnoux (encore une fois « sa taille« , « ses pieds« , puis son corps tout entier) mettent en avant sa beauté physique.

Quant à l’apparition de l’enfant et de sa nourrice, elle conforte l’aspect maternel de la jeune femme. La mention du geste, « elle la prit sur ces genoux« , et l’emploi du style indirect libre pour rapporter ses paroles (« Mademoiselle n’était pas sage, quoiqu’elle eût sept ans bientôt; sa mère ne l’aimerait plus; on lui pardonnait trop ses caprices« ) donnent l’image d’une mère indulgente et affectueuse, bien éloignée de fait de l’image maternelle renvoyée par Mme Moreau à son fils.

III Une histoire impossible?

1) Les réactions de Frédéric

L’image que se fait Frédéric de Mme Arnoux apparaît donc celle d’une femme idéalisée, divinisée: le vocabulaire de l’admiration relève de l’hyperbole: « éblouissement« , « ébahissement« . La formule superlative « Jamais il n’avait vu« , qui met en tête de phrase l’adverbe « jamais« , donne plus de relief au termes déjà en eux-mêmes mélioratifs « splendeur« , « séduction« , « finesse« .

Mais cette idéalisation rend Mme Arnoux inaccessible, et le texte l’affirme dès cette première rencontre: « le désir de la possession physique disparaissait« . L’amour de Frédéric apparaît comme amputé de sa dimension charnelle et ce manque amène Frédéric à compenser par deux attitudes. D’abord, une sorte de vénération fétichiste vis-à-vis des objets appartenant à la jeune femme, qu’il s’agisse de son « panier à ouvrage« , ou de son châle, qui cristallise la rêverie du jeune homme, comme le marque l’emploi du style indirect libre: « elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s’en couvrir les pieds, dormir dedans!« . Ensuite une curiosité sans bornes vis-à-vis de la jeune femme. Cette curiosité se manifeste par l’énumération des questions que se pose Frédéric: « Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé?« , ainsi que par l’accumulation ternaire »les meubles de sa chambre, les robes qu’elle avait portées, les gens qu’elle fréquentait« . Ainsi tout ce qu’il apprend à son sujet devient « une découverte« , voire une « acquisition » (c’est-à-dire la seule « possession » licite). Il est à noter cependant que cette curiosité est d’emblée qualifiée de « douloureuse » par son insatiabilité même.

2) Le surgissement des obstacles

Si l’attitude de Frédéric est en elle-même un obstacle, il n’en reste pas moins que la rencontre a lieu: la phrase très célèbre: « leurs yeux se rencontrèrent« , mise en évidence par la typographie elle-même (elle constitue un paragraphe à elle seule) en témoigne. Le geste de Frédéric pour rattraper le châle amène un remerciement  formel de la part de Mme Arnoux, mais la mention du regard avec l’emploi d’une forme pronominale suggère la réciprocité, l’échange des deux protagonistes. Echange qui est aussitôt interrompu par l’entrée en scène du mari, dont Flaubert se plaît à souligner la vulgarité bon enfant par l’emploi du verbe « crier« , ou l’utilisation du possessif , « ma femme« . Quant à la précision « apparaissant dans le capot de l’escalier« , elle constitue un contrepoint très ironique à « l’apparition » de madame Arnoux au début de l’extrait.

Conclusion

Cette scène de rencontre, on le voit, continue  la tradition des scènes dont les modalités sont déjà annonciatrices de l’histoire qu’elles amorcent et des passions qu’elles vont mettre en jeu. Mais le texte de Flaubert accentue particulièrement  le processus interne d’échec que Frédéric met lui-même en place: l’impossibilité de l’amour n’est plus seulement due à des causes externes ( le regard du monde extérieur, le respect des règles morales,la diversité des origines sociales, les parents, l’argent), mais bien aux personnages eux-mêmes, et aux images mentales qu’ils se construisent de « l’Autre ».

Dating expert

бесплатные сайты в казахстане

Merci à l’auteur du blog G rencontre le diable pour ses articles de grande qualité !

Allez plus loin sur Flaubert et son temps, en consultant Rencontre civray 86

Commentaires

commentaires

Pas de commentaire.

Vous devez-être connecté pour publier un commentaire
Lieu de rencontre autoroute a1